Le groupe Lafarge exploitait à travers sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), une cimenterie à Jalabiya dans le nord de la Syrie. Le site est resté en activité alors que le pays a progressivement basculé à compter de 2011 dans une guerre civile ; jusqu'à sa prise par l'organisation État islamique en septembre 2014.
Pour maintenir l'exploitation du site et permettre à ses salariés syriens de circuler sur les routes, bloquées par les check points des groupes rebelles opposés à Bachar Al Assad, la filiale est accusée d’avoir versé, entre 2013 et 2014, par l’intermédiaire de son actionnaire syrien Firas Tlass, des versements à divers groupes armées, parmi lesquels des groupes terroristes comme le Jabat Al Nusra ou l’Etat Islamique.
Une information judiciaire a été ouverte à Paris. Plusieurs anciens dirigeants et cadres du groupe Lafarge ont été mis en examen à compter de la fin de l'année 2017 pour financement d'une entreprise terroriste, mise en danger de la vie d'autrui et violation de la réglementation financière applicable aux relations avec un État étranger ; avant que la société Lafarge SA elle-même ne le soit à son tour, en juin 2018, notamment pour complicité de crimes contre l'humanité.
Après plusieurs années de procédure, la société et plusieurs anciens dirigeants ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour financement d'entreprise terroriste et violation de l'embargo.
Le cabinet Soulez Larivière Avocats assure la défense de l'ancien directeur de la filiale syrienne, en poste jusqu'en juillet 2014. Le procès s'est tenu à Paris de novembre à décembre 2025, et le tribunal a rendu son jugement le 13 avril 2026. Un appel a été interjeté ; la procédure se poursuit aujourd’hui devant la cour d'appel de Paris.
Ce dossier est considéré comme emblématique des risques pénaux auxquels s'exposent désormais une entreprise et ses dirigeants lorsqu'une activité économique se poursuit dans un contexte de conflit armé et d'effondrement de l'État, à la croisée des enjeux de compliance et de géopolitique. Hautement médiatisé, il demeure sans précédent en France : c'est la première fois qu'une qualification de financement d'entreprise terroriste est retenue à l'encontre d'un grand groupe industriel et de ses cadres à raison du maintien de son activité dans un pays en guerre.