Capucine Lanta de Bérard, avocat pénaliste intervenant en manière de droit pénal de la santé publique, a analysé le cas des catastrophes sanitaires à travers la tension entre l’émotion collective suscitée par les catastrophes sanitaires et les exigences du traitement judiciaire.
Les catastrophes sanitaires ont une particularité : elles sont sérielles. Elles touchent un grand nombre de victimes, réelles ou potentielles, et leurs effets peuvent apparaitre longtemps après les faits. Le produit en cause est fréquemment banal, qu’il s’agisse d’un médicament, d’un dispositif médical ou de l’air que l’on respire, alors même qu’on en attendait qu’il soigne ou protège. Il en naît une forte empathie : chacun peut s’identifier aux victimes, et cette perception s’installe bien avant que la justice ne se mette en mouvement.
Un décalage entre ressenti et réalité du dossier
Le traitement médiatique amplifie cette émotion. Il crée du lien et offre aux victimes un espace pour exprimer leur souffrance, mais il peut aussi donner l’impression qu’une affaire est plus simple qu’elle ne l’est. Des coupables se dessinent rapidement, alors que ces dossiers se caractérisent souvent par une forte incertitude scientifique sur l’origine du dommage. C’est ce qui explique que les décisions rendues dans les grandes affaires (sang contaminé, hormone de croissance, amiante) soient rarement satisfaisantes pour les victimes.